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L'abattoir de Limoges

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L'abattoir de Limoges

Message  Origami le Ven 4 Nov 2016 - 9:22

De nouvelles vidéos-chocs dénoncent l’abattage de vaches avec leur fœtus

Des images insoutenables de l’association L214, filmées à Limoges, montrent des veaux prêts à naître jetés à la poubelle, pratique légale mais controversée.

On pensait avoir vu toutes sortes de sévices et de maltraitances animales perpétrés dans des abattoirs. Cette fois, l’horreur est à son comble. Dans de nouvelles vidéos-chocs, auxquelles Le Monde a eu accès en exclusivité, l’association de protection animale L214 filme pour la première fois l’abattage de vaches gestantes. Si la pratique est légale et régulière, bien que méconnue du grand public, elle reste controversée, au point que plusieurs pays cherchent à l’interdire ou à la limiter en Europe.

Les images, insoutenables, ont été tournées en mai à Limoges, dans le plus grand abattoir municipal de France, avec 1 000 bovins et 1 500 ovins tués par semaine. Elles sont issues de la boyauderie, l’atelier où arrivent les viscères après l’ouverture du ventre des animaux. On y voit des salariés trancher des utérus au couteau et en sortir, alors que le liquide amniotique se répand, des fœtus à des stades plus ou moins avancés. Certains veaux, longs de plus d’un mètre, ont les sabots formés et parfois même des poils. Les carcasses atterrissent ensuite dans de larges bacs, sur un lit d’utérus et de boyaux.

« Violences choquantes et dérangeantes »

« On jette le veau dans une poubelle pleine de merde. Parfois, il bouge, comme s’il était vivant. On fait ça tous les jours, au moins cinquante fois par semaine. Comment on peut les tuer, nom de Dieu ? Des vaches pleines et des veaux qui sont en train de sortir », s’indigne, dans un entretien au Monde, Mauricio Garcia-Pereira. Cet Espagnol de 47 ans est l’ouvrier qui a filmé avec une caméra GoPro ces scènes qu’il juge « affreuses et criminelles ».
C’est la première fois qu’un lanceur d’alerte témoigne à visage découvert dans le monde occulte des abattoirs. Alors qu’il travaille depuis sept ans dans l’établissement de Limoges, il dit ne « plus y arriver ». « Je sais que je vais perdre mon travail. Je l’espère même, assure-t-il. Je veux que le peuple français soit au courant. »

« C’est le septième abattoir dont on montre les violences inhérentes, mais, cette fois, elles sont encore plus choquantes et dérangeantes. Il n’y a plus de limite à ce qu’on peut faire aux animaux », dénonce Sébastien Arsac, porte-parole de L214. L’association, qui prône la fin de l’exploitation animale, lance une pétition demandant au ministre de l’agriculture de soumettre un projet de loi pour interdire la mise à mort de vaches, au moins lors des trois derniers mois de leur gestation (qui dure neuf mois et deux semaines chez les bovins).
Rémy Viroulaud, adjoint à la ville de Limoges, chargé de l’abattoir qui emploie 85 personnes, a refusé de répondre aux questions du Monde, rappelant seulement que « l’abattage des vaches gestantes est légal ».

«  Raisons économiques »

De fait, aucune législation n’interdit cette pratique. Seul un règlement européen de 2004 bannit le transport de « femelles gravides qui ont passé au moins 90 % de la période de gestation ». Le code sanitaire de l’Organisation mondiale de la santé animale prévoit que « les femelles gravides qui parviendraient au dernier 10 % de la période de gestation ne doivent être ni transportées ni abattues », mais il s’agit de recommandations et non d’une réglementation.
Quelle est l’ampleur du phénomène en Europe ? Aucune donnée chiffrée n’existe dans l’Hexagone. Mais, comme le rappelle l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), des études menées en Allemagne, en Italie, en Belgique et au Luxembourg ont prouvé que de 10 % à 15 % des vaches sont abattues alors qu’elles sont pleines, souvent durant la dernière période de gestation. « Si l’on applique ce pourcentage au 1,76 million de vaches réformées par an en France, cela donne comme ordre de grandeur 180 000 vaches gestantes abattues chaque année », calcule Sébastien Arsac.
Parmi les raisons évoquées, les éleveurs interrogés affirment le plus souvent qu’ils n’étaient pas au courant de la gestation, ou avancent des inflammations de la mamelle (mammite) et des troubles de fertilité. « Il y a aussi des raisons économiques : dans les élevages laitiers, le veau mâle n’a pas de valeur, comme le veau femelle pour les bovins à viande. Or, la vache gestante pesant plus lourd, elle sera vendue plus cher à l’abattoir, au prix de la viande », complète Katharina Riehn, professeure à l’université de Hambourg, qui mène une vaste étude sur le sujet. Enfin, dans certains abattoirs, plus rares, le sérum des veaux peut être récupéré, pour être utilisé en culture cellulaire dans des laboratoires.

Avis scientifique attendu

La majorité des fœtus finit à l’équarrissage, c’est-à-dire avec les cadavres et déchets d’animaux. Les débouchés, prévus par un règlement européen de 2009, sont l’incinération, la production de biogaz ou d’engrais organiques après stérilisation.
Outre-Rhin, la pratique choque, d’un point de vue de l’éthique et du bien-être animal. En septembre, le gouvernement allemand a soumis une proposition à la Commission européenne visant à interdire l’abattage des vaches lors du dernier trimestre de gestation. Quatre Länder bannissent déjà ce procédé, dans le cadre d’accords volontaires entre les abattoirs, les organisations agricoles, les transporteurs et les associations et des travaux sont en cours pour élargir les interdictions à d’autres animaux (truies, chèvres, brebis, juments).
L’Allemagne, accompagnée par le Danemark, les Pays-Bas et la Suède, a également requis, en août 2015, un avis scientifique de l’EFSA sur la question, attendu dans les prochaines semaines.
Dans ces expertises, une question, cruciale, fait encore débat : le fœtus souffre-t-il lorsque sa mère est abattue ? Jusqu’à présent, aucune étude scientifique n’a pu prouver clairement à quelle phase de son développement le fœtus devient conscient. « Dans l’utérus, le fœtus ne ressent pas de souffrance car il est maintenu inconscient par au moins huit mécanismes neuro-inhibiteurs différents », assure le professeur David Mellor (université de Massey, Nouvelle-Zélande), qui a mené de nombreux travaux sur les sciences du bien-être animal.

En revanche, dans le cas où le fœtus, suffisamment développé, « est sorti de l’utérus et exposé à l’air, il peut devenir conscient et souffrir », précise Donald Broom, professeur à l’université de Cambridge (Royaume-Uni). C’est pourquoi l’Organisation mondiale de la santé animale recommande de ne « retirer les fœtus de l’utérus qu’après un délai d’au moins cinq minutes suivant l’incision de la gorge ou du thorax de la mère ».

« Matériel déficient »

Au-delà des vaches gestantes, l’abattoir de Limoges enfreint plusieurs réglementations concernant l’abattage des bovins, des agneaux et des cochons. D’autres vidéos diffusées par L214 jeudi, filmées entre août et fin septembre, montrent, une fois de plus, des animaux maltraités (utilisation de décharges électriques pour les faire avancer, y compris dans les yeux) et des problèmes de reprise de conscience des bêtes lors de la saignée. Or, la législation impose leur étourdissement, à l’exception de l’abattage rituel.
Sur l’une des vidéos, 24 % des cochons et 15 % des bovins ont dû être étourdis une deuxième fois, une situation que l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) qualifie de « grave et inacceptable ».
« On voit que des consignes ont été données aux ouvriers pour vérifier si l’étourdissement a bien fonctionné, ce qui est un progrès, mais le résultat n’est pas encore là, souligne Sébastien Arsac. C’est notamment la faute à un matériel déficient et à une absence d’intervention des vétérinaires. » L’association compte déposer plainte contre l’abattoir auprès du tribunal de grande instance de Limoges.

http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/11/03/de-nouvelles-videos-choc-denoncent-l-abattage-de-vaches-gestantes-a-limoges_5024506_3244.html


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« C’était très dur, des fois je parlais aux fœtus »

Message  Origami le Ven 4 Nov 2016 - 9:28

Abattage de vaches gestantes à Limoges : « C’était très dur, des fois je parlais aux fœtus »


INTERVIEW Mauricio Garcia-Pereira, soutenu par l’asssociation L214, a filmé à l’intérieur de l’abattoir de Limoges dans lequel il a travaillé durant six ans et livre son témoignage à 20 Minutes…

De nouvelles images chocs tournées dans l’abattoir de Limoges en mai, août et fin septembre 2016 ont été dévoilées ce jeudi matin par Le Monde. Mauricio Garcia-Pereira, un ouvrier de 47 ans employé dans cet abattoir, a filmé, avec l’aide de l’association L214, l’abattage de vaches gestantes et la mort des fœtus plus ou moins avancés arrachés à leurs ventres, une pratique légale mais très controversée. Dans l’abattoir de Limoges, des dizaines de fœtus sont jetés à la poubelle chaque semaine. Il est le premier lanceur d’alerte à témoigner à visage découvert.

Comment en êtes-vous arrivé à travailler dans l’abattoir de Limoges ?
Avant, je travaillais dans la restauration comme serveur mais, à cause des horaires décalés, je ne voyais pas mes enfants grandir. J’ai galéré pour trouver un autre boulot, jusqu’à ce que mon agence d’intérim m’oriente vers l’abattoir. Je n’avais pas vraiment le choix. J’ai fait six mois d’intérim, six mois en CDD et j’ai ensuite été embauché en CDI, il y a six ans.

Vous saviez que des vaches portant des veaux y étaient abattues avant d’y travailler ?
Non, je ne savais pas qu’on les tuait… La première fois que j’ai vu ça, j’ai cru que c’était une erreur. Je suis allé chercher mon supérieur qui m’a demandé ce qui n’allait pas. Je lui ai répondu : « Vous ne voyez pas qu’il y a un veau ! » Il m’a répondu que c’était normal, le veau a été placé dans un bac et le placenta dans un autre. Moi, j’étais choqué.

On imagine que c’était très éprouvant pour vous d’abattre ces bêtes…
Evidemment, c’est très dur. Des fois je leur parlais, aux fœtus, je leur disais que j’allais les venger et que tout le monde allait savoir ce qu’on leur faisait. Vous savez, j’ai grandi dans une ferme en Espagne et on élevait des vaches et des cochons. Pour moi, la vie est sacrée. Et ces petits fœtus, on les met à la poubelle seulement pour l’argent : ce n’est pas comme s’il y avait un problème sanitaire qui oblige à le faire !

Quel a été le déclic qui vous a incité à dénoncer cette pratique ?
J’avais envie de le faire depuis 2013, mais je n’en avais pas les moyens… L’association L214 que j’ai contactée m’a soutenu et m’a fourni une caméra. J’ai commencé à montrer des vidéos à mon fils de 15 ans qui m’a dit : « C’est horrible, papa, il faut que tu fasses quelque chose. » Aujourd’hui, je suis soulagé de l’avoir fait et je sais que beaucoup de mes collègues vont me soutenir. Voir ça tous les jours, à un moment donné, on ne peut plus.

Êtes-vous végétarien ?
Non, je suis carnivore, j’aime le steak mais là on parle de fœtus qu’on jette avec la merde à la poubelle. Des fois c’est seulement quelques jours ou même quelques heures avant qu’ils naissent.

Vous allez perdre votre travail ?
De toute façon, je ne veux plus travailler là-bas. J’en ai marre de ce boulot, mais j’ai beaucoup de respect pour mes collègues qui font un travail pénible. Aucun jour n’est facile là-bas. Là, je suis en arrêt de travail, physiquement j’ai souffert et moralement je suis démoli.

C’est le début d’une action militante pour vous ?
Oui, c’était la première grosse bataille mais la guerre n’est pas finie. On va demander, avec l’association L214, l’interdiction de l’abattage des vaches gestantes au niveau européen. Je vais continuer jusqu’au bout, je suis déterminé.

http://www.20minutes.fr/bordeaux/1953983-20161103-abattage-vaches-gestantes-limoges-tres-dur-fois-parlais-foetus?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Facebook&xtref=facebook.com#link_time=1478176140


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