Le forum de la Protection Animale
Bienvenue sur le forum...

Bonjour vous pouvez vous enregistrer cela ne vous coute rien ce forum est gratuit

L'équipe modération.

Partagez
Voir le sujet précédentAller en basVoir le sujet suivant
avatar
Forum PA
Admin
Messages : 110
Date d'inscription : 07/10/2015
Age : 49
Localisation : City of Lights
https://forumpa.annuaire-forums.com

Néonicotinoïdes

le Ven 24 Juin 2016 - 11:09

Néonicotinoïdes : un débat empoisonné



Massivement utilisés, ces insecticides tueurs, entre autres, d’abeilles, mais nocifs aussi pour l’homme, sont au cœur d’une bataille parlementaire sous pression des lobbys.

Les néonicotinoïdes, ces pesticides au nom si imprononçable qu’ils sont surnommés «néonics», tuent les abeilles et moult autres bestioles. Et leur impact sur notre santé inquiète de plus en plus. Seront-ils bannis de France ?
C’est ce qu’avait prévu l’Assemblée nationale le 17 mars, en votant en deuxième lecture leur interdiction sans dérogation à partir du 1er septembre 2018, via un amendement PS au projet de loi sur la biodiversité. Mais rien n’est joué. Car les sénateurs, qui examinent le texte en seconde lecture à partir de ce mardi, ont supprimé cet amendement en commission la semaine dernière. Pile le même scénario que ce qui s’était passé en première lecture (en mars 2015, les députés avaient voté l’interdiction totale des néonicotinoïdes au 1er janvier 2016, contre l’avis du gouvernement. Mais les sénateurs avaient supprimé l’amendement). Si cette fois-ci encore le texte adopté par le Sénat venait à différer de celui de l’Assemblée, une commission mixte paritaire composée d’autant de députés que de sénateurs devra trouver un compromis, le dernier mot revenant à l’Assemblée.

Cette divergence entre les deux chambres reflète l’ampleur de la bataille autour de ces pesticides. Entre les défenseurs de l’environnement et les scientifiques d’un côté et les firmes (Bayer, Syngenta, BASF…) et représentants de l’agriculture industrielle de l’autre. Mais aussi au sein de l’exécutif : alors que le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a adressé en mars une étonnante lettre aux députés leur demandant de s’opposer à leur interdiction, sa consœur de l’Environnement, Ségolène Royal, s’est félicitée du vote et a déclaré que le gouvernement soutiendrait la mise au ban des néonicotinoïdes au Sénat. Le sujet divise plus que jamais, tant les enjeux financiers, écologiques et sanitaires sont immenses.

Les «néonics», c’est quoi ?

Les néonicotinoïdes sont une famille d’insecticides neurotoxiques dérivés de la nicotine. Ils agissent sur le système nerveux central des insectes, provoquant une paralysie mortelle. Introduits dans les années 90, ils se sont vite imposés dans plus de 120 pays et représentent désormais un juteux marché (40 % des ventes d’insecticides, pour des ventes mondiales dépassant 2 milliards d’euros). Même si l’Union européenne a restreint l’utilisation de trois substances actives (clothianidine, thiaméthoxam, imidaclopride) et que plusieurs interdictions sont déjà entrées en vigueur en France, comme celle du Gaucho (marque de Bayer) sur le tournesol et le maïs ou celle du Cruiser (Syngenta) sur le colza, ils sont encore massivement utilisés.

En France, plus d’une centaine d’usages à base de «néonics» sont autorisés. Ils sont présents dans les champs sur des millions d’hectares et de nombreuses cultures, dans les vergers et jardins, employés à usage vétérinaire, notamment pour l’élevage ou contre les puces des chiens et chats, ou encore pour protéger les charpentes. Résultat, on les retrouve partout. La plupart du temps appliqués sur les semences, ils se répandent dans tous les tissus de la plante (feuilles, fleurs, racines, tiges, fruits, pollen et nectar) et contaminent même la végétation non traitée. Ils persistent dans les sols pendant des mois voire des années. Dans l’air, ils sont véhiculés par les poussières. Les voilà aussi dans nos cours d’eau : selon le ministère de l’Environnement, en 2013, l’imidaclopride est entré dans le top 15 des substances les plus détectées dans ces derniers, tendance qualifiée de «préoccupante». Car il ne figurait pas dans le top 50 cinq ans avant. Nos aliments et boissons sont assaisonnés aux «néonics». Tous les échantillons de fruits et légumes recueillis pour une étude américaine et néo-zélandaise parue en 2014 contenaient au moins un de ces pesticides. En France, l’association Générations futures a recherché en 2013 des résidus de néonicotinoïdes dans des aliments végétaux et constaté une contamination de 80 % des échantillons de thés, 45 % des courgettes, 25 % des tomates, 17 % des aubergines et 12 % des fraises. Logiquement, ces pesticides se retrouvent dans nos urines : chez 90 % des personnes ayant participé à une étude japonaise parue en 2015, les échantillons contenaient de l’imidaclopride, du thiaméthoxam et de la clothianidine.

Que dit la science ?

Les études s’accumulent. Et sont alarmantes. Omniprésents dans l’environnement, les néonicotinoïdes massacrent les «nuisibles» qu’ils visent, mais aussi les pollinisateurs (ils sont jusqu’à 10 000 fois plus toxiques pour les abeilles que le très décrié DDT), la faune du sol, de l’air et des rivières. Vers de terre, batraciens ou oiseaux, nul n’y échappe, directement ou indirectement. Pas même l’homme. «Il y a aujourd’hui un consensus scientifique sur la dangerosité de ces produits, c’est très clair et seuls ceux qui ont des intérêts dans l’industrie le nient», avance Jean-Marc Bonmatin, chimiste, chercheur au CNRS et vice-président du Groupe de travail sur les pesticides systémiques (TFSP, Task Force on Systemic Pesticides). Composé de 29 experts internationaux indépendants, ce groupe a analysé plus de 1 120 publications sur les néonicotinoïdes. Les conclusions, publiées en 2015 dans Environmental Science and Pollution Research, sont accablantes. Ces produits chimiques jouent un rôle clé dans le déclin des pollinisateurs (insectes, oiseaux…).La consommation de pollen ou de nectar contaminés nuisent à leurs fonctions vitales, comme l’orientation ou la fécondité. En février, dans son rapport mondial sur les pollinisateurs, la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES, qui joue le même rôle que le Giec sur le climat), sonnait l’alarme. Pas moins de 16,5 % des pollinisateurs vertébrés et 40 % des invertébrés (en particulier les abeilles et papillons) sont menacés d’extinction. «Les pesticides, dont les insecticides néonicotinoïdes, menacent les pollinisateurs dans le monde entier, bien que les effets à long terme soient encore inconnus», conclut le rapport. «Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, souligne Jean-Marc Bonmatin. Car au-delà des pollinisateurs, les néonicotinoïdes nuisent à tous les invertébrés bénéfiques se trouvant dans le sol, des micro-organismes aux vers de terre, comme à tous les invertébrés aquatiques qui sont à la base de la chaîne alimentaire et de toute la biodiversité.» Economiquement, c’est une catastrophe.

Au-delà de la survie de la filière apicole, les services écosystémiques vitaux rendus par les pollinisateurs sont en jeu. Plus du tiers de la production mondiale de nourriture dépend d’eux et la valeur économique de la pollinisation des cultures oscille, selon l’IPBES, entre 235 et 577 milliards de dollars (entre 206 et 506 milliards d’euros) par an dans le monde. Les organismes aquatiques et des sols sont aussi cruciaux. Faisant preuve d’une belle schizophrénie, lui qui défend par ailleurs les néonics, Stéphane Le Foll loue sans cesse les services de ses «camarades» vers de terre, expliquant que grâce à eux, «pas besoin de labourer».

La santé humaine n’est pas épargnée. «Il n’existe hélas qu’une cinquantaine d’études sur le sujet, en raison d’hypothèses très hasardeuses lors de l’homologation des produits, qui se sont révélées fausses, comme le fait que ces derniers ne persistaient pas longtemps dans l’environnement, explique Jean-Marc Bonmatin. Or aucune de ces études n’est rassurante, sauf celles des industriels, lesquels se cantonnent aux tests réglementaires qui ne révèlent rien.» Des publications récentes pointent des risques d’effets chroniques pour la santé. Certains, comme le thiaclopride - associé à la delthaméthrine dans le pesticide Proteus (Bayer), très utilisé en France sur le colza - sont classés perturbateur endocrinien potentiel, avec effets sur la thyroïde. Cette même molécule est suspectée d’être cancérigène depuis 2002 par l’Agence de protection de l’environnement américaine (EPA). Surtout, à la suite notamment d’une étude japonaise, l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) déclarait en 2013 que «deux néonicotinoïdes, l’acétamipride et l’imidaclopride, peuvent avoir une incidence sur le développement du système nerveux humain». Les effets des néonics sur le développement du cerveau, en particulier des enfants, inquiètent de plus en plus.

Existe-t-il des alternatives ?

Fabricants de pesticides et représentants de l’agro-industrie clament que non, ou alors sous forme de produits encore plus toxiques. Interdire les néonics serait, à les croire, «absurde et dramatique». Les associations de producteurs de blé, maïs, oléagineux ou betteraves demandent aux sénateurs de ne pas voter cette interdiction, estimant qu’elle les priverait «de solutions efficaces pour lutter contre les ravageurs des cultures» et «handicaperait gravement leur compétitivité». Le groupe Bayer promet une «impasse agronomique et économique» et des baisses de récoltes de «15 à 40 % selon les cultures».

Faux, «les alternatives sans chimie existent», rétorquent la Confédération paysanne, l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf) et un collectif d’ONG. En grandes cultures, «rotations pertinentes des parcelles et bonne gestion agronomique permettent à elles seules de résoudre une grande partie des problèmes», arguent-ils. Les méthodes de «biocontrôle» sont aussi efficaces, comme l’utilisation d’insectes (le trichogramme contre la pyrale du maïs…), de nématodes (vers microscopiques efficaces contre la chrysomèle), de champignons, bactéries ou phéromones. Sont aussi cités les filets anti-insectes pour les fruits et légumes.

Oui, mais quid des rendements ?
«De nombreux rapports et analyses prouvent que l’utilisation [des néonicotinoïdes] ne provoque pas d’augmentation de rendement par rapport aux mêmes cultures non traitées. De plus, l’Allemagne, qui a interdit leur usage sur les céréales d’hiver, continue d’être le deuxième producteur européen de céréales», argumentent les opposants à ces pesticides. Citant, entre autres, le fait que deux ans après la mise en place du moratoire européen partiel sur trois néonicotinoïdes, la production dans l’UE affiche même «un taux record en 2014 pour les graines oléagineuses (colza, tournesol, soja et lin)».

En fait, plutôt que de l’améliorer, les néonicotinoïdes commencent à nuire à la production. Une étude de 2014 sur 54 cultures majeures en France montre que les rendements de celles qui dépendent de la pollinisation ont décru avec leur usage. Et une équipe internationale impliquant l’Inra a révélé en janvier dans Science qu’en augmentant le nombre et la diversité des insectes pollinisateurs, on accroît le rendement de ces cultures de plus de 20 % en moyenne. Prouvant que travailler avec la nature est plus rentable que de le faire contre elle.

Source : Libération

_________________
Forum PA




Vous pouvez dire n'importe quelle connerie à votre chien, et votre chien vous regardera d'un air qui semble vouloir dire :
"Mince alors, il a raison, je n'aurais jamais pensé à ça !"
Voir le sujet précédentRevenir en hautVoir le sujet suivant
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum